Selon L'Americain Veterinarian Sociaty Of Animal Behavior
Mythes sur la dominance et le comportement du loup par rapport à celui du chien
Q : Mon chien m'accueille en sautant sur moi, vole ma nourriture dans mon dos, monte sur mes genoux pour se faire caresser et m'ignore souvent lors du rappel. Est-ce de la dominance ?
R : Non. Dans la vie sociale animale, la dominance est définie comme une relation entre individus établie par la force, l'agressivité et la soumission uniquement pour avoir accès aux ressources (Bernstein 1981 ; Drews 1993). La plupart des comportements inopportuns du chien ne sont pas motivés par un désir de dominance, mais parce que ces comportements indésirables ont été récompensés. Par exemple, lorsqu'un chien saute sur nous ou monte sur nos genoux, il le fait parce que nous lui donnons de l'attention lors de ces démonstrations. De même, le chien refusera le rappel s'il est récompensé par l'objet ou l'activité qui l'a distrait. Même voler la nourriture lorsqu'un humain est absent n'est pas motivé par un désir de monter dans la hiérarchie. À l'état sauvage, l'individu volera la nourriture lorsqu'un dominant n'est pas là pour garder la ressource. Ceci est une stratégie alternative pour avoir accès à la ressource convoitée. Récompensés par leur succès, ces individus auront plus tendance à récidiver.
Q: Puisque le chien est cousin du loup, devons nous uiliser le loup comme modèle pour étudier le chien ?
R: Quoiqu'il nous soit possible de saisir certains comportements canins en étudiant le loup, le meilleur modèle pour comprendre le chien domestique est le chien lui-même. Le chien s'est différencié du loup de facon significative depuis 15,000 ans. Le loup primitif a évolué comme chasseur et vit aujourd"hui en meute généralement au sein d'une cellule familiale (Mech 2000). Les individus de cette meute chasseront et élèveront les louveteaux en coopération. Dans une année donnée, seuls le mâle et la femelle alpha se reproduisent, ainsi les ressources de la meute sont concentrées pour ľ'unique portée, Le chien a plutôt évolué comme charognard que chasseur (Coppinger et Coppinger 2002). Les moins peureux ont pu survivre sur les restes et déchets laissés par les humains et ont pu se reproduire dans cet environnement. Présentement, les chiens errants vivent en petits groupes au lieu de meutes organisées et sont parfois solitaires (MacDonald et Carr 1995). lls ne Sont habituelement pas coopératifs pour chasser et élever les chiots et presque tous ont l'opportunite de se reproduire (Boitani et al. 1995) Les différences importantes de ces systėmes sociaux aménent inévitablement de grandes différences comportementales
Q : On me dit que si je crois que mon chien est dominant, je dois le rouler sur son dos et le faire rouler Alpha> Alphe roll et gronder dans son visage parce que c'est ce que ferait un loup alpha.
R: Dans une meute, les dominants ne roulent pas les subordonnés sur le dos. Au lieu de cela, les loups de rang inférieur montrent leur statut en roulant eux-mêmes même sur le dos. Ce « rouler de soumission » est un signe de respect un peu comme la révérence devant une reine. Conséquemment, un terme plus approprié pour cette position serait le « rouler de soumission » (Yin 2009).
Q : Même si les loups ne roulent pas les inférieurs sur le dos, cela semble s'avérer efficace chez le chien dans certaines circonstances. Devrais-je le tenter quand même lorsque mon chien est agressif ?
R : La plus grande cause d'agression chez le chien est la peur. Clouer un chien au sol lorsqu'il a peur ne régularisera pas la cause de son mal-être. De plus, cela risque d'augmenter le taux d'agressivité (AVSAB 2007). Une étude (Herron et al. 2008) démontre que l'utilisation de techniques telles que frapper un chien pour des comportements inopportuns, gronder, fixer dans les yeux ou avoir recours au « alpha roll » augmente la probabilité d'agression de la part du chien. Cette agression peut être dirigée contre des objets inanimés, d'autres animaux ou d'autres personnes que le maître lui-même. Même des punitions non physiques, une réprimande verbale sévère ou un pointage du doigt peuvent déclencher une agression défensive si le chien se sent menacé.
Q : On me dit que pour être chef, on doit passer les portes en premier et marcher devant le chien comme le fait le loup
R : Dans la meute, les individus de rang supérieur mènent la chasse qu'une fraction du temps (Peterson et al. 2002). De plus, lorsqu'ils chassent, ils ne gardent pas un rang linéaire basé sur la hiérarchie du groupe.
Q : Puisque l'alpha est le premier, dois-je manger avant mon chien ?
R : Les loups supérieurs n'ont pas forcément accès à la nourriture les premiers. Une fois qu'un loup est en possession de nourriture, il ne l'abandonnera pas, qu'importe le rang hiérarchique. Lorsque la nourriture n'est pas la possession d'un individu en particulier, les rituels agressifs sont de la partie et les supérieurs sont généralement les gagnants.
Q : Donner des gåteries à un chien fera qu'il deviendra dominant
R: Même à l'état sauvage, le partage de nourriture ne s'apparente pas à la dominance. Les loups adultes régurgiteront la nourriture pour les louveteaux. Certains mâles d'autres espèces courtiseront les femelles avec des offrandes de nourriture. Donner une gâterie à un chien qui saute ou aboie peut conduire à un comportement inopportun mais ne lui enseigne pas qu'il est supérieur ou qu'il aura priorité sur la ressource convoitée. Si on désire lui apprendre à attendre patiemment pour une gâterie, il suffit d'attendre qu'il s'asseye ou se couche pour la recevoir.
Q : Est-ce que grogner, essayer de mordre mon chien ou simuler la patte prête à griffer imitera ce que fait le loup lorsqu'il menace ?
R : Il n'y a pas d'études précises à ce sujet. Vous pouvez toujours demander à un ami qui a été victime d'une morsure de chien si le fait que vous grognez après lui ou que vous lui montriez les dents lui procure le même effet que lorsqu'il a été mordu ou encore si vos grognements ou autres mimiques lui apparaissent féroces... Il est inutile de croire que nos actions peuvent imiter celles du loup ou du chien. Observons plutôt comment les animaux nous perçoivent et évaluons nos interactions avec eux.
RÉFÉRENCES...
Société américaine de comportement animal (AVSAB). 2007. Prise de position de l'AVSAB - Directives relatives à la punition : L'utilisation de la punition pour traiter les problèmes de comportement animal. http://www.avsabonline.org/avsabonline/index.php?option=content&task=view&id=119.
Bernstein, I.S. 1981. Dominance : Le bébé et l'eau du bain. J Behav Brain Sci 4 : 419-57. Boitani, L., F. Francisci, P. Ciucci et G. Andreoli. 1995. Biologie des populations et écologie des chiens errants en Italie centrale. Dans Le chien domestique : Son évolution, son comportement et ses interactions avec les humains, éd. J. Serpell. 217-244. Cambridge : Cambridge University Press.
Coppinger, R. et L. Coppinger. 2002. Chiens : Une nouvelle compréhension de l'origine, du comportement et de l'évolution canine. New York : Scribner
Drews, C. 1993. Le concept et la définition du comportement de dominance. Behaviour 125 : 284-313.
Herron, M., F.S. Shofer et I.R. Reisner. 2008. Sécurité et efficacité des techniques de modification du comportement utilisées par les propriétaires de chiens. Dans : 2008 ACVB/AVSAB Scientific Paper and Poster Session. La Nouvelle-Orléans, Louisiane, 18 juillet 2008.
MacDonald, D.W. et G.M. Carr. 1995. Variation dans la société canine : entre dispersion des ressources et flux social. Dans : Le chien domestique : son évolution, son comportement et ses interactions avec les humains, éd. J. Serpell. 199-216. Cambridge : Cambridge University Press
Mech, David. 1999. Statut alpha, dominance et division du travail dans les meutes de loups. Journal canadien de zoologie. 77 : 1196-1203. http://www.mnforsustain.org/wolf_mech_dominance_alpha_ (consulté le 11 novembre 2008)
Mech, L.D. 2008. Qu'est-il advenu du terme « loup alpha » ? International Wolf. (http://www.wolf.org/wolves/news/iwmag/2008/winter/winter2008.asp)
Peterson, R.O., A.K. Jacobs, T.D. Drummer, L.D. Mech et D.W. Smith. 2002. Comportement de leadership en relation avec la dominance et le statut reproductif chez les loups gris, Canis lupus. Journal canadien de zoologie. 80 : 1405-1412
Yin, S. 2009. Dominance vs. Comportement indiscipliné. Dans Manipulation à faible stress, contention et modification du comportement des chiens et des chats. 52-73. Davis, Californie : CattleDog Publishing.
Traduction : Anne Meylan, 2009
Opinion de la AVSAB (American Veterinary Society of Animal Behaviour, www.AVSABonline. /SABonline.org) sur l'utilisation de la théorie de dominance pour les modifications comportementales des animaux.
L'AVSAB a quelques inquiétudes face au retour de la théorie de dominance et la croyance qu'on doit forcer un chien ou autre animal à la soumission afin d'éviter ou de corriger certains problèmes de comportement.
Depuis quelques décennies certaines méthodes traditionnelles de dressage se reposent sur des méthodes de dominance et prennent pour acquis que les animaux qui ont des comportements indésirables se rebellent afin de s'élever dans le rang hiérarchique du groupe. Ce concept amène les éducateurs à croire que seules la force et la contrainte doivent être utilisées pour modifier les comportements indésirables.
Aujourd'hui, nos connaissances sur la dominance nous font revoir ces concepts
désuets. Avant d'utiliser ces théories de dominance il faut d'abord en comprendre les principes de base.
Définition de la dominance.
La dominance est définie comme étant la relation entre individus basée sur la force/agressivité et la soumission afin de déterminer qui aura la priorité sur différentes ressources telles: la nourriture, le lieu de repos préféré ou les droits de reproduction. (Bernstein 1981; Drews 1993) La relation de dominance/soumission n'existe pas tant qu'un individu ne se soumet ou s'incline systématiquement devant un autre. Lors d'une telle relation, la priorité aux ressources existe uniquement lorsque l'individu dominant est présent pour assurer la garde de ladite ressource. Prenons pour exemple un troupeau composé de quelques taureaux et de plusieurs vaches: les mâles subordonnés éviteront de s'accoupler en présence du måle dominant ou s'inclineront lorsqu'il s'approche (Yin 2009). Toutefois ils tenteront de s'accoupler lorsque le dominant est suffisamment éloigné, séparé par une clôture ou hors du champ visuel. En s'accouplant de cette façon, les mâles subordonnés ne défient pas le dominant mais utilisent une stratégie alternative pour avoir accès à la reproduction. Dans nos relations avec nos animaux, la priorité aux ressources n'est pas mise en jeu.
La majorité des comportements que les maîtres veulent modifier tels les aboiements excessifs, le refus de rappel ou le chien qui tire en laisse ne s'apparentent pas aux gains de ressources et ne demandent pas de comportement agressif. Ces comportements sont présents parce qu'ils ont étés renforcés par méconnaissance et parce que l'apprentissage approprié n'a pas été reçu. Conséquemment, le propriétaire ne désire pas dominer son animal mais l'influencer à agir volontairement - qui est une définition acceptée du leadership. (Knowles and Saxberg 1970; Yin 2009).
L'utilisation de la théorie de dominance lors d'interactions homme/ animal peut causer différents problèmes.
Même lors des rares occasions où l'agressivité est en lien direct avec le rang hiérarchique, la tentative d'imiter les codes sociaux des animaux peut poser divers problèmes. Premièrement cela peut conduire un maître à se servir de punition, ce qui peut réduire l'agressivité, mais ne réglera pas la cause réelle du comportement non désiré. Parce que la peur et l'anxiété sont des causes communes d'agressivité et autres problèmes de comportement, l'utilisation de la punition peut aggraver le problème en augmentant le niveau de peur et d'anxiété (AVSAB 2007). Secondement, l'utilisation de cette théorie ne reconnaît pas que la relation dominance/soumission est accompagnée de postures d'avertissement et de rituels de dominance/soumission évidents. Si la relation est stable, le soumis s'inclinera devant le dominant. Si la relation est moins stable, le dominant aura une personnalité plus agressive ou encore, il sera moins confiant à l'égard de son rang dans la hiérarchie et les démonstrations d'agressivité continueront (Yin 2007, Yin 2009).
Facteurs Principes
Malgré les résultats des dernières recherches sur la hiérarchie chez le loup, plusieurs éducateurs continuent d'utiliser des méthodes basées sur des concepts désuets de dominance. (Mythes sur la dominance et le comportement du loup en relation avec les chiens).
La dominance est définie comme étant une relation entre individus basée sur la force/l'agressivité et la notion de soumission pour déterminer la priorité d'accès aux ressources telles que la nourriture, le lieu de repos préféré ou les droits de reproduction. (Bernstein 1981 ; Drewa 1993). La plupart des comportements non désirés chez nos animaux sont le résultat de renforcements donnés par inadvertance de la part des maîtres et non de démonstrations de dominance face aux ressources
L'AVSAB recommande aux vétérinaires d'éviter de proposer à leurs clients les éducateurs qui travaillent avec les méthodes de dominance hiérarchique et les séances de confrontation qui en résultent.
Au lieu de cela, l'AVSAB met l'accent sur les méthodes de renforcement positif, le conditionnement opérant, le conditionnement classique, la désensibilisation et le contre-conditionnement.
L'AVSAB recommande aux vétérinaires d'identifier et de proposer à leurs clients uniquement les éducateurs et comportementalistes qui comprennent les principes d'éducation et qui travaillent le renforcement des comportements désirés et évitent de renforcer les comportements non désirés
L'AVSAB exige aux vétérinaires comportementalistes de ne pas utiliser les théories de dominance dans leur travail de modification du comportement. L'AVSAB met l'emphase sur la nécessité de renforcer le comportement désiré et d'éviter de renforcer les comportements non désirés, de s'efforcer à comprendre les raisons sous-jacentes aux troubles émotifs et la motivation réelle du comportement y comprend les facteurs médicaux et génétiques qui influencent les conduites inopportunes
Les personnes qui utilisent des méthodes de dominance pourraient avoir besoin d'utiliser des moyens de contraintes agressives à répétition ou de forcer l'animal à se soumettre par force physique. Inversement, les animaux menacés d'agressivité pourraient ne pas se soumettre non par désir de dominance mais parce que l'agression humaine les effraie. De plus, dans une situation de dominance/soumission à l'état sauvage, la relation ne perdure que si le dominant a la capacité de maintenir son rang hiérarchique. Dans son ensemble, l'utilisation de la théorie de la dominance dans l'interaction homme/animal conduit à une relation antagoniste entre le maître et l'animal.
Le standard des soins
L'AVSAB exige aux vétérinaires comportementalistes de ne pas utiliser les théories de dominance dans leur travail de modification du comportement. L'AVSAB met l'emphase sur la nécessité de renforcer le comportement désiré et d'éviter de renforcer les comportements non désirés, de s'efforcer à comprendre les raisons sous-jacentes aux troubles émotifs et la motivation réelle du comportement, y compris les facteurs médicaux et génétiques qui influencent les conduites inopportunes.
De la même manière qu'avec nos animaux, le leadership devrait s'exercer de manière positive en récompensant les comportements appropriés et en utilisant des motivants pour renforcer ces mêmes comportements. Le leadership est établi lorsqu'un maître peut clairement définir les limites d'un comportement souhaité et communiquer les règles en récompensant immédiatement les agissements voulus et en retirant l'accès aux récompenses lors de comportements inopportuns. Les maîtres doivent éviter de récompenser les comportements non désirés et ne renforcer que les comportements désirés à une fréquence suffisante pour que ceux-ci deviennent une habitude (Yin 2007).
Finalement, l'AVSAB souligne que si l'agression entre animaux domestiques ou sauvages peut indiquer le désir d'accès au rang supérieur dans une hiérarchie, elle peut également avoir d'autres causes. Celles-ci sont présentées en détail dans divers articles de médecine vétérinaire (voir www.avsabonline.org pour plus d'informations). Par conséquent, la dominance ne devrait pas être automatiquement associée à la hiérarchie, surtout si les conflits sont présents au sein d'une situation familiale. Au lieu de cela, une évaluation médicale et comportementale complète devrait être faite auprès de ces animaux afin d'établir les causes réelles du comportement agressif.
Conclusion
L'AVSAB met l'accent sur l'utilisation de méthodes scientifiquement saines propres à chaque espèce et sur le fait que ces méthodes sont les seules acceptables pour éduquer ou modifier le comportement chez un animal. L'utilisation de ces méthodes est impérative pour comprendre comment nos animaux apprennent et comment nous pouvons améliorer notre communication avec eux.
RÉFÉRENCES
Société américaine de comportement animal (AVSAB). 2007. Déclaration de position de l'AVSAB - Lignes directrices sur la punition : L'utilisation de la punition pour traiter les problèmes de comportement animal. http://www.avsabonline.org/avsabonline/index.php?option=content&task=view&id=119.
Barker, R. 1997. Comment former des leaders si nous ne savons pas ce qu'est le leadership ?
Human Relations 50(4) : 343-62
Benowitz, E.A. 2001. Cliffs Quick Review : Principes de gestion. New York : Hungry Minds. Bernstein, I.S. 1981. Dominance : Le bébé et l'eau du bain. J Behav Brain Sci 4 : 419-57. Drews, C. 1993. Le concept et la définition du comportement de dominance. Behaviour 125 : 284-313. Knowles, H.P., et B.O. Saxberg. 1971. Personnalité et comportement de leadership. Reading, MA : Addison-Wesley.
Yin, S. 2007. Dominance versus leadership dans le dressage canin. Compendium de formation continue
pour le vétérinaire praticien 29 : 414-32. Yin, S. 2009. Dominance vs. Comportement indiscipliné. Dans Manipulation à faible stress, contention et comportement
Modification des chiens et des chats. 52-73. Davis, Californie : CattleDog Publishing.

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