La Jeunesse Du Pomsky



Le Pomsky est un chien à la fois sensible et intelligent. Il apprend, comme tous les chiens, par associations : un événement neutre couplé à quelque chose d'agréable = une émotion/ une réaction physiologique (incontrôlée).  

Exemple l'humain met ses chaussures (= événement neutre la première fois), => il sort promener son chien (=chouette!) => dorénavant le signal mettre ses chaussures = grande joie , anticipation d'aller se promener !


La jeunesse rend ce processus très actif et très direct! On parle de "période d'imprégnation ", de "phase sensible ". Le cerveau est en développement et cela va très vite! Toute expérience est enregistrée dans la mémoire à long terme. Ces expériences serviront de base de référence lors de futures événements "similaires ". Cela veut dire qu'un jeune chien qui rencontre, pour l'exemple, un petit chien blanc pour la première fois (=neutre) , que celui-ci s'avance vers lui en aboyant (=au secours qu'est ce qu'il me veut) gardera cette expérience en mémoire : petit chien blanc = imprévisible/impoli/agressif. L'émotion qu'il aura ressentie face à cette situation (stress, incompréhension, colère, angoisse...) est propre à chaque individu. Mais une chose est sûre, il va faire le raccourci suivant : petit chien blanc = colère/angoisse (émotion ressentie la première fois). Puis , si l'expérience se reproduisait dans des conditions similaires, il simplifierait en "chien blanc =colère/angoisse " pour finir par "chien = colère/angoisse "! C'est la généralisation ! 


La généralisation est quelque chose que l'on recherche pour les apprentissages : on voudrait que notre chien soit capable de revenir vers nous quelque soit l'environnement, la distraction qui l'entoure. On voudrait qu'il généralise que tous les humains sont nos amis. On voudrait qu'il sache faire une marche en laisse détendue peu importe où l'on se trouve etc...


On oublie malheureusement que ce phénomène de généralisation l'est également pour des apprentissages involontaires , non souhaités ! 

On oublie que le chien apprend tout le temps et pas uniquement lorsque nous avons préparé notre clicker et nos friandises ! 


Donc soyons attentifs à toutes les situations, expériences et rencontres que vivra notre jeune chien. On pourrait dire "chiot" car la majorité de la période sensible a lieu avant 12 (+/-2) semaines. Mais la première année rencontre d'autres phases similaires (notamment vers 4 mois, puis 8 mois) 


Certes, le travail de l'éleveur est déterminant puisque le chiot est chez lui jusqu'à 8-10 semaines. Malheureusement une seule expérience peut tout effacer des semaines d'associations positives. J'en ai hélas fait l'expérience plusieurs fois. Je pense que le stress dû au changement de foyer + perte de figure maternelle et fraternelle donc de repères nécessaires à son sentiment de sécurité, rend le chiot à fleur de peau et ainsi sensibilisé par les circonstances, plus enclin à surréagir. 


Si l'on ne prend pas le temps de construire un lien solide, ce lien rassurant et réconfortant que lui procurait sa mère, ses frères et son éleveur, le chiot n'aura pas la capacité de gérer émotionnellement une situation stressante. Il va vriller rapidement, comme un "burn out" (le corps répond au stress, sans capacité de réflexion, de mémoire ni possibilité d'apprentissage volontaire). Il vit dans l'émotion pure. 

À ce stade , bien sûr il est inutile d'envisager de socialiser, créer des associations positives ou de nouveaux apprentissages : le stress, les émotions exacerbées empêchent tous ces processus ! 


Alors que faire? En tant que nouveau parent du chiot, vous devez d'abord lui offrir la sécurité, le réconfort, le lien social fort dont il a besoin pour se développer sainement. Respirez, prenez le temps. Il faut bien 7 jours off, sans stress, pour que le cortisol redescende à un seuil neutre dans l'organisme. Patientez et observez votre chiot pour déterminer si c'est le bon moment, s'il est à nouveau détendu. 

Présérvez-le de subir à nouveau un stress qui fera remonter le cortisol en flèche (tout va très vite on l'a dit!) Et normalement, après 4 jours au calme à créer juste du lien avec lui, vous pourrez gentiment et progressivement lui proposer de petites expositions, d'abord à bonne distance, assez loin pour qu'il ne réagisse pas (au chiens, aux gens, aux véhicules etc). Renforcez cette non réaction, c'est absolument ce que l'on recherche : une émotion neutre! On n'attend pas qu'il se mette à fixer, à se figer, à se tendre... ou pire, à aboyer, à foncer dessus. On intervient en amont, sous son seuil de tolérance donc avant ces réactions. Un regard , super, une récompense ! Si malheureusement vous avez été trop lent, que votre chiot a déjà eu une réaction, aboye ou tire pour y aller, stoppez vous, récupérez son attention avec une friandise sous le nez, et éloignez vous du stimulus. N'espèrez pas qu'il puisse spontanément se retourner vers vous ni écouter vos prières: lorsqu'une émotion forte l'envahit, les réponses apprises, la réflexion ou la logique s'en vont!

La fois suivante, anticipez et détournez au bon moment, avant la réaction. Lorsqu'il peut encore entendre et réfléchir. **


Un autre point très important à prendre en compte dans l'équation : votre présence, vos actes. Ou votre absence d'actes. 

Si vous êtes présent à chaque fois que votre chiot rencontre un petit chien blanc, qu'il en a désormais peur, et qu'à chaque fois votre réaction est la même (vous ignorez/ vous n'intervenez pas/ vous criez/...) vous entrez malgré vous dans l'équation : vous n'avez pas éteint l'angoisse de votre chiot. Raccourci fait: vous ne servez à rien (dans cette situation). =>il pense "je dois gérer cela moi-même, personne n'est là pour m'aider." Et désormais, pratiquement tout ce que vous tenterez, même sur les bons conseils donnés par un professionnel, seront à peu près aussi convainquant que les promesses faites par un politicien qui veut se faire élire. Mais, et cela va vous décourager d'autant plus, avec lui (le coach, votre conjoint ou le fils du voisin) ça fonctionne! On vous dira alors : vous voyez, c'est VOUS, le problème ! Votre chien sait faire correctement ! C'est VOUS, qui créez en lui une telle tension et le poussez à réagir ! C'est VOUS qui êtes faibles et insignifiant ! 

Je vous assure que l'on entend de tout et que c'est terrible pour l'humain qui traverse déjà des difficultés avec son chiot.

Donc rassurez-vous, vous n'êtes pas RESPONSABLE de la réaction de votre chien. Vous êtes simplement présent et donc associé à une somme d'événements catégorisés "négatif ". Vous pouvez inverser la vapeur, cela sera long, mais avec bienveillance et de bonnes connaissances, vous y arriverez! Vous devrez réexister aux yeux focalisés sur un danger de votre chien ! Vous devrez lui prouver par vos actes que vous êtes capable de lui offrir sécurité et protection. Vous devrez lui démontrer par votre langage que vous êtes digne de confiance et sûr !**


**Ces conseils ne se veulent pas thérapies comportementales généraliste à distance, ceci est simplement pour donner une idée et vous aider à comprendre le concept de l'apprentissage du jeune chien.




Pour résumer : 


•Le jeune chien passe par différentes phases dites sensibles, au cours desquelles il est littéralement plus sensible, et qui peuvent interférer avec les apprentissages volontaires. 


•Les involontaires eux, subsistent hélas !


•Tout événement est catégorisé "m'apporte du bonheur" ou "m'apporte du malheur ", ou encore "ni bon ni mauvais= soit neutre" 


•tel événement vécu selon l'une ou l'autre des ces catégories référencera les événements similaires futures: ils seront mis dans la même catégorie. 


• il est possible mais très long et compliqué de "convaincre le cerveau " qu'il s'est trompé de catégorie (ex le chien blanc n'est pas dangereux en fait) et il faudra pour cela changer l'émotion vécue par le chien lors de l'événement ! 


•Or une émotion ne se commande pas... 


Marie Gilliéron

Éleveuse passionnée et éducatrice cynophile